Virginia Woolf, des Vagues aux Limbes

La compagnie Les Limbes présente " les Vagues " au TNT-Manufacture de chaussures.

" La compagnie de théâtre les Limbes a les qualités de sa jeunesse : l'enthousiasme, une certaine forme de culot – le spectacle dure deux heures trente -, un goût prononcé pour la littérature et l'envie de se lancer dans des aventures pas forcément des plus faciles. Après Artaud, Jon Fosse ou Novarina, ils s'attellent à un monument de la littérature anglaise, Virginia Woolf, avec le texte " les Vagues ", qui est certainement le plus complexe de l'écrivain, dixit l'auteur ellemême. Un poème-pièce à six voix, avec six comédiens.

Ecriture impressionniste. Susan, Bernard, Neville, Louis, Rhoda et Jinny forment un groupe d'amis. On les suit de l'enfance à la maturité, évoquant des souvenirs bucoliques, leurs premiers émois amoureux, jusqu'à la confrontation brutale avec la mort. Mort accidentelle de la septième personne du groupe, Perceval, parti a bout du monde, en Inde. La compagnie des Limbes a trouvé le ton juste grâce à une interprétation subtile de ces mouvements de l'âme, de ces impressions, sensations, flux et reflux des choses de la vie qui nourrissent l'écriture de Virginia Woolf. Mais aussi grâce à une mise en scène aussi évanescente qu'originale, un jeu de lumières et de bruits créé par les deux codirigeants de la compagnie, Romain Jarry et Loïc Varanguien de Villepin. Brouillard et lumières fulgurantes comme celles d'un phare ; personnages dans l'ombre, silhouettes spectrales évoluant au son du babillage des oiseaux, du bruit des vagues. On sombre avec Neville à l'annonce de la mort de Perceval. On est au bord du gouffre comme Rhoda tentant de s'accrocher à la réalité en agrippant les barreaux d'un lit virtuel. Seule réserve : une première partie un peu longue, où le choeur, évoquant la période de l'enfance, laisse échapper les mots, les phrases, trop nombreux pour que le spectateur se laisse vraiment emporter. Mais qui se rattrape ensuite à la beauté des monologues avec de vrais moments de grâce comme la danse de Jinny (Solène Arbel) ou le soliloque de Neville (Cyril Vergès). "

Céline Musseau

Article paru dans Sud Ouest, le 18 janvier 2006